Tommy Milliot

Né à Lille en 1984, Tommy Milliot découvre le théâtre vers onze ans lors d’une sortie avec son professeur de français. Bouleversé, il se trouve face à quelque chose d’inconnu : il ne comprend pas ce qui se joue entre la scène et la salle, mais est fasciné par la présence réelle des acteurs. Puis il oublie ce choc originel.
C’est seulement à 30 ans que ce souvenir est remonté et il comprend aujourd’hui pourquoi il s’est dirigé vers l’option théâtre du lycée Blaringhem de Béthune. C’est là qu’il construit les fondations de son éducation théâtrale. Ce furent les premières révélations esthétiques, notamment à la Rose des Vents avec Les Flamands (Josse de Pauw avec l’excellent Übung, Jan Lauwers...). Après un an à Bruxelles où il se tourne vers la scénographie, il poursuit sa formation à l’université d’Artois en licence Arts du spectacle. Il y crée ses premières mises en scène.
Sélectionné à Nanterre pour le master Mise en scène et dramaturgie, il commence le cursus par un atelier sur l’écriture de Marguerite Duras avec le metteur en scène Éric Vigner et c’est une autre révélation ! L’artiste, alors directeur du CDN de Lorient, lui propose de participer à un grand projet, l’Académie : Vigner veut réunir sept jeunes acteurs d’origine française et étrangère pour une durée de trois ans au sein du CDN pour plusieurs créations. Tommy Milliot devient l’assistant d’Éric Vigner pour l’ensemble du projet. Au cours de cette aventure, le metteur en scène lui demande de jouer, ce qui complète son approche du travail d’acteur. Il expérimente le jeu de l’intérieur et découvre avec jubilation cette pratique. La trilogie de l’Académie (La place royale de Corneille, Guantánamo d’après Franck Smith et La Faculté de Christophe Honoré) est jouée dans toute la France. Le moment de magie absolu est atteint pour Tommy Milliot au Festival d’Avignon 2012 où est créée La Faculté. Parallèlement à la tournée, le CDN de Lorient lui propose de l’accompagner dans une première production : il choisit d’adapter un album jeunesse écrit par Christophe Honoré, Il est difficile d’attraper un chat noir dans une pièce sombre, surtout lorsqu’il n’y est pas. C’est lors d’une des représentations de ce spectacle qu’il fait la rencontre d’Hubert Colas, artiste implanté à Marseille, qui lui propose de participer au festival d’écritures contemporaines, Actoral, l’année suivante. Après avoir créé sa compagnie Man Haast en 2014, le jeune artiste donne à Actoral une première mouture de Lotissement, (texte de Frédéric Vossier), spectacle présenté en janvier 2016 à la Rose des Vents. Avec la complicité de la dramaturge Sarah Cillaire, il réalise ensuite une performance, Que je t’aime, transposition du mythe de Phèdre dans la sueur d’une salle de sport où Hippolyte est obsédé par le culte du corps. En octobre 2018, toujours à Actoral, il met en scène le texte de l’auteure suisse Marie Fourquet, En héritage, dans le cadre de L’objet des mots. Si les mots comptent beaucoup pour déclencher son imaginaire spatial, son univers lumineux et sonore, s’ils le guident pour conduire le corps des acteurs, le théâtre est pour lui un monde de la sensation et non de l’intellect. C’est ce théâtre qu’il essaie de faire avec le souhait secret que le spectateur reçoive quelque chose de l’étincelle qui l’a ébranlé lors de sa toute première fois au théâtre ! Un théâtre sur lequel le spectateur peut se projeter et s’inventer en toute liberté et où il se confronte à la profondeur de ses propres sentiments.